« Ubu roi », décidément potache

Je suis tombé par hasard sur cet article du Monde, à propos de la pièce “Ubu Roi”.

Portrait de Monsieur Ubu (cliquez pour agrandir)

Ubu roi est une pièce de potache. Alfred Jarry (1873-1907) en a eu l’idée quand il était élève au lycée de Rennes. Avec des amis, les frères Morin, il a écrit une oeuvrette pour marionnettes, Les Polonais, dont le personnage principal était la caricature de Monsieur Hébert, professeur de physique. Puis il a continué seul, livrant une série de pièces dans lesquelles Hébert est devenu Ubu.

A sa création, en 1896, Ubu roi causa un scandale de tous les diables. Depuis, le roi grotesque et tyrannique, cousin “pataphysique” du Macbeth de Shakespeare, a fait le tour du monde. Il vient d’entrer au répertoire de la Comédie-Française, dans une mise en scène de Jean-Pierre Vincent, à l’affiche jusqu’au 21 juillet. Sans provoquer de scandale : Ubu appartient à notre paysage mental, il ne choque plus.

Cet homme est capable de tout, même des pires horreurs, pour servir ses instincts : gagner de l’argent et remplir sa “gidouille”, sa bedaine. Poussé par la Mère Ubu, il se débarrasse de Venceslas, roi de Pologne, pour devenir roi à son tour. Face à sa femme, mégère bourgeoise au sens où l’adjectif “bourgeois” représente une insulte, il n’est qu’un tas sur qui tout glisse : naïf et sûr de lui, insensé et inquiétant.

On n’arrive pas à attraper Ubu, il déborde du cadre d’Ubu roi. De là vient la difficulté : comment monter la pièce d’Alfred Jarry ? Comment se dépatouiller de ce texte effectivement potache, qui promet beaucoup plus – par sa réputation – qu’il n’offre – à son écoute ? Beaucoup de metteurs en scène s’y sont cassé les dents. Les plus heureux se sont servi de la pièce pour faire passer une colère, une loufoquerie ou un état d’esprit.

Jean-Pierre Vincent sait comme nul autre montrer une histoire des mentalités françaises à travers les pièces qu’il choisit. Son Ubu roi éclaire le côté sombre de Dupont la Joie – le Père et la Mère Ubu – décidés à se faire une place au soleil, en vertu d’un droit par eux seuls décrété. Pour eux, la République, c’est l’égoïsme. Et leur égoïsme n’a d’égal que leur veulerie : ils fuient comme des lapins à la première embûche.

Triste France que celle-ci, très bien vue par Jean-Pierre Vincent, et remarquablement servie par Serge Bagdassarian dans le rôle du Père Ubu. Mais cela ne suffit pas à convaincre qu’Ubu roi est autre chose qu’une pièce de potache. Au contraire : la présentation de la Comédie-Française confirme l’intérêt limité d’une pièce qui devient vite lassante.


Ubu roi, d’Alfred Jarry. Mise en scène : Jean-Pierre Vincent. Comédie-Française, 2, rue de Richelieu, Paris-1er. Mo Palais-Royal. Tél. : 08-25-10-16-80 (0,15 €/min). De 11 à 37 €. En alternance jusqu’au 21 juillet.

Brigitte Salino”

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